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Testamento dans Le Point : « Le testament 2.0 inquiète les notaires« 

En lançant Testamento, un site de testaments en ligne (qui inquiète les notaires), Virgile Delporte souhaite populariser cet acte tant redouté par les Français. Établir son testament sur Internet, c’est désormais possible. Lancé en grande pompe le 3 décembre, Testamento propose au quidam d’écrire ses dernières volontés en ligne. En moins de trente minutes, et pour seulement 35 euros, votre partenaire de vie est protégé, promet le site. Virgile Delporte, son créateur, ne le cache pas, il cherche avant tout à attirer une clientèle jeune, ultra-connectée et pressée. « Celle qui n’a pas le temps d’aller chez le notaire », explique-t-il au Point.fr.

Afin de satisfaire cette génération qui n’a pas une seconde à perdre, l’entrepreneur propose un « testament express ». Après s’être inscrit, l’internaute répond à une série de questions qui permettent de créer un testament numérique. Testament que le jeune pressé n’a plus qu’à recopier à la main pour le rendre légal. Pour 40 euros de plus, ce dernier peut le faire enregistrer au Fichier central des dispositions des dernières volontés (FCDDV) par un notaire partenaire de Testamento. « Vous pouvez également confier cette tâche au notaire de votre choix », précise le fondateur du site. Une dernière solution existe : mettre à l’abri le testament dans un coffre-fort.

La méfiance des notaires

Sûr de son coup, Virgile Delporte croit dur comme fer à la réussite de son entreprise. Pour preuve, il assure qu’un site similaire aux États-Unis génère un chiffre d’affaires de 150 millions de dollars. À demi-mot, il raconte vouloir exporter son concept dans d’autres pays. Mais pour l’heure, il doit convaincre les Français. Sa marge de progression est immense : neuf successions sur dix se font sans testament. Si pour l’heure le succès ne semble pas encore certain, Virgile Delporte s’est déjà attiré les foudres des notaires français.

« Nous n’avons aucune opposition de principe », plaide Me Laurent Mompert, porte-parole des Notaires de France, les notaires sont rentrés dans une ère de numérisation. Il est aujourd’hui possible de signer un acte notarié sur une tablette », poursuit-il. Favorable au progrès technique, donc, mais à condition qu’un notaire en chair et en os reste maître du jeu. Sinon, « comment être sûr que l’internaute a tout compris ? »

« Le notariat est un service citoyen », rappelle le porte-parole, convaincu que le lien physique entre le client et le notaire est indispensable. Décidément sceptique, Me Laurent Mompert va jusqu’à se méfier de l’existence réelle d’un notaire partenaire de Testamento : « Je ne vois pas comment un confrère pourrait recevoir un tel testament. » Il promet que les Notaires de France « garderont un oeil attentif » sur l’entreprise de Virgile Delporte. Avant de raccrocher, Me Mompert tient à rappeler : « Nous ne sommes pas contre la technologie. »

« Nous ne visons pas la même cible »

Même son de cloche chez ce notaire parisien contacté par Le Point.fr. Souhaitant conserver l’anonymat, il explique ne pas avoir eu vent de Testamento. Renseignements pris, il se félicite de la démarche. Mais très vite, émet ses premières réserves et doute de l’exhaustivité de la démarche, notamment en cas de situations complexes. Selon lui, il est difficile de passer outre les conseils d’un spécialiste du droit. Interrogé sur sa clientèle, il assure que des couples de tous âges viennent établir un testament. Quant aux tarifs pratiqués, il dit ne facturer que 30 euros pour enregistrer « un testament olographe nickel ». Un prix pour le coup inférieur à celui demandé par Testamento.

De son côté, Virgile Delporte jure ne pas chercher à s’emparer de la clientèle des notaires. « Nous ne visons pas la même cible », se défend-il. Quoi qu’il en soit, en devenant la bête noire de ses nouveaux meilleurs ennemis, il a réussi son coup : faire parler de Testamento.

Par Nicolas Guégan, publié le 06 décembre 2013.